Lundi 29 novembre 2010
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Magi s’est échappé
Pour échapper à la maladie, Pierre Magimel s’est échappé, à sa manière, sans alerter personne, il a mis la flèche. C’est son choix,
nous sommes en devoir de le respecter. Pierrot n’était pas homme à tolérer la moindre compassion à son égard.
Il aimait passionnément le sport, nullement par vanité pour en tirer quelque gloriole, mais pour sa convivialité et son aspect
ludique.
Né au pays du rugby, il intégrait l’équipe de l’ovale vernonnaise dès sa nomination comme instituteur à l’école de Fourges. Inamovible
arrière du quinze vernonnais, il poursuivait cet idylle jusqu’à près de quarante ans. Il troqua alors les crampons pour se découvrir la passion du vélo.
Un mercredi, il est venu me voir avec son vélo de plus de 12 kg . Mon directeur d’école lui avait glissé qu’un de ses collègues
« instit » était un mordu. Je découvrais au fil des sorties un battant, un teigneux, ignorant presque tout du vélo, jusqu’à l’emploi de chaussures cyclistes à cales (La pédale
automatique n’existait pas). C’est toujours sans cales qu’il allait enlever au sprint, le même jour que moi mais dans une autre catégorie d’âge, son premier bouquet dans une course de non
licenciées à Pinterville. Après cette découverte transitoire de la compétition sauvage, je lui parlais de mon projet de lancer le cyclisme Ufolep dans l’Eure. Il devenait mon soutien précieux
pour mettre sur pieds le premier calendrier Cyclosportif dans le département, m’accompagnant tout l’hiver, à raison de deux à trois soirs par semaine, pour me mettre en contact avec ses collègues
secrétaires de Mairie sur le plateau du Vexin. Cette aventure commune allait nous souder à jamais.
L’aventure cycliste, il la vivait désormais sans modération, avec gourmandise même. Nous découvrions ensemble des méthodes nouvelles
d’entraînement, le matériel d’avant-garde. Il progressait rapidement et sa pointe de vitesse lui valait de collecter des succès en compétition. En 1979, il devenait le premier Champion de l’Eure
Ufolep sur route. Il me suivait dans la création de la section cyclosport sous les couleurs de l’ALVB, découvrait avec Françoise son épouse « les joies du Camping », lors d’un stage que
j’organisais au pied de l’Alpe d’Huez. Lorsque après plusieurs années, il eut fait le tour des sensations pour les courses en circuit, il se prit d’amour pour les cyclosportives au long cours,
puis lorsque avec l’âge il fut amené à réduire la voilure, il se tourna vers les séjours de cyclotourisme : Corse, Maroc…et autres périples dans l’hexagone. A 72 ans, il accomplissait encore
plus de 12 000 km par an. Il a toujours été boulimique des heures de selle. Quand, avec Michel Houy et lui, nous partions à l’entraînement, il rajoutait invariablement des kilomètres, nous
raccompagnant systématiquement à Vernon avant de repartir seul pour Fourges. Il nous est arrivé, quelques fois, de nous retourner et de découvrir qu’il n’était plus dans nos roues. Sans rien
dire, il avait mis la flèche, parce que ces jours-là, il n’avait pas eu envie de suivre le rythme élevé que notre humeur du moment imposait à la
sortie. Il s’était éclipsé discrètement pour ne pas nous imposer de lever le pied. Le vendredi soir suivant, il nous retrouvait avec le même sourire, la même gentillesse, le même humour qui
avaient fait de lui un compagnon pleinement apprécié dans le monde de l’Ufolep.
Lorsqu’il a enfin eu sa mutation pour retourner dans sa chère Dordogne, il nous a manqué, mais nous gardions le contact avec lui
régulièrement. Ses anciens élèves de l’école de Fourges lui avaient organisé une fête chaleureuse pour ses 70 printemps. Cet été, il était encore revenu dans l’Eure et avait partagé un bout de
route avec quelques compagnons cyclistes. Passant me voir en Creuse au retour, il me confiait tout le plaisir qu’il avait eu à pédaler avec Jean Pierre Plaisant et quelques autres, à revoir
Michel.
Voici trois ans, Pierrot avait failli mourir sur son vélo. Une histoire à peine croyable. Il partait rouler avec quelques compagnons,
à la sortie de Daglan où il résidait, un arbre mort s’était soudain effondré sur lui, brisant son vélo en deux et lui enfonçant la boîte crânienne. Il n’avait du son salut qu’au port du
casque.
Le vélo était devenu une nouvelle passion, elle n’allait plus jamais le quitter, jusqu’à ce qu’il décide de mettre la flèche dans la
nuit de mardi à mercredi. L’après-midi, il était une nouvelle fois remonté en selle, pour un tour qu’il savait sûrement déjà être le dernier. Je pense que sa résolution était prise. C’était son
choix face à la terrible maladie dont il se savait atteint depuis trois jours.
Sa disparition nous a tous profondément affectés. Nous nous associons à la douleur de son épouse, de ses enfants et petits
enfants.
Chienne de vie !
Bernard Devenasse